Corporation des thanatologues du Québec

Vivre un deuil

Pour mieux accompagner les endeuillés

Évitez de juger

« Comment peut-elle pleurer autant ? Elle n’avait pas vu le défunt depuis plusieurs mois. Quel manque de pudeur que d’exprimer sa peine aussi ouvertement ? Comme il contrôle mal sa colère! »

Voilà autant de remarques qui témoignent d’un manque de compréhension de la part des autres.

Les réactions de chacun, aussi diversifiées soient-elles, sont tout aussi respectables les unes que les autres. En effet, certains individus sont plus expressifs que d’autres. De plus, les émotions dominantes varient selon la relation que la personne endeuillée entretenait avec le défunt. Il existe donc autant de manifestations possibles qu’il existe d’individus. Pour aider, il faut éviter de juger!

Respectez le rythme

Chaque relation est unique et, par le fait même, chaque deuil est différent. La durée et l’intensité des manifestations peuvent varier d’un individu à l’autre. L’accompagnateur doit respecter le rythme de la personne endeuillée, même s’il croit qu’elle réagirait autrement ou qu’il serait préférable de réagir d’une autre façon.

L’accompagnateur doit faire preuve de patience car la personne endeuillée peut revenir plusieurs fois sur certains faits ou certaines émotions. La personne endeuillée peut aussi éviter certaines prises de décisions ou ne pas se comporter selon les attentes de son entourage. Bref, tout comme l’arbre fruitier qui doit bénéficier des différentes saisons pour donner ses fruits, il faut donner à la personne endeuillée le temps de vivre chaque saison du deuil.

Évitez de dire : passe à autre chose, et arrête de pleurer

Il est facile de suggérer à la personne endeuillée de passer à autre chose, mais lorsque la peine nous habite, nous aurions beau voyager à l’autre bout du monde ou nous étourdir par des activités, elle demeure là, en nous. Il faut explorer et exprimer sa peine pour s’en libérer. D’ailleurs, le fait de pleurer apaise et permet de laisser place à d’autres émotions.

Les larmes retenues tendent à se multiplier. Le bon accompagnateur invite donc la personne endeuillée à vivre sa tristesse. Il ne la fuit pas lorsqu’elle pleure. Il est là, simplement. Le deuil non vécu refait inévitablement surface. Nous devrions donc dire: pleure et entre dans ta souffrance!

Évitez de dire : essaie d’oubliez

On n’oublie jamais un être qui a été significatif pour nous. Nous devrions donc dire : « souviens-toi... » Chaque relation est unique et elle laisse des traces uniques dans nos souvenirs. Ainsi, il est utopique d’avoir peur d’oublier la personne décédée ou encore de le souhaiter. Une occasion viendra toujours nous rappeler la place qu’elle a occupée dans notre existence.

Les souvenirs jaillissent: ils viennent et repartent pour laisser place à de nouvelles expériences qui, à leur tour, contribuent à créer les souvenirs de demain. Ainsi, plutôt que de suggérer l’oubli, vaut mieux se rappeler les moments importants. D’ailleurs, les personnes endeuillées aiment habituellement parler de l’être cher disparu. Il ne s’agit pas de vivre dans le passé, mais bien de reconnaître le droit de vivre avec ce passé.

N’offrez pas votre aide, aidez!

Quelle personne endeuillée n’a jamais entendu des paroles comme: Si tu as besoin de quelque chose, téléphone-moi ou Si je peux t’aider, n’hésite pas

Personne! Tout le monde se fait offrir de l’aide et pourtant rares sont les individus qui en offrent vraiment. Les besoins sont multiples quand la souffrance est présente. Or, demander devient en soi un fardeau supplémentaire. Ainsi, la personne qui accompagne devrait faire des gestes concrets plutôt que d’offrir son aide en paroles. Garder les enfants, préparer un repas chaud, couper la pelouse, promener le chien... tant de gestes du quotidien qui peuvent devenir lourds à réaliser lorsque les émotions sont tumultueuses.

Ainsi, plutôt que d’offrir son aide et de disparaître en continuant comme si de rien n’était, accompagner veut dire prendre des initiatives et devancer les demandes!

Se relier à la beauté de l’autre

Chaque être humain possède des qualités ou encore des ressemblances avec une personne aimée. Il peut s’agir d’un élément de beauté minime : un nez ou le timbre de voix, le même âge ou le même prénom qu’un être cher, etc. L’exercice consiste à tenter de se « connecter » à cet élément, c’est-à-dire de penser à la personne aimée spontanément lorsque vous entrez en relation avec la personne qui suscite moins de compassion. Il s’agit donc de s’attarder à l’élément positif pour entrer en relation harmonieusement.

Par ailleurs, la prise de conscience de ses propres imperfections ou de ses lacunes et l’acceptation de celles-ci comme faisant partie de soi facilitent souvent l’acceptation des autres. Une expression précise qu’il n’y a pas de méchants loups, mais seulement des loups malheureux. Ainsi, lors de la rencontre avec une personne endeuillée, vous pouvez vous inspirer de vos propres expériences de souffrance et d’imperfection pour entrer en contact avec elle.

Évitez de dire : Avec le temps, tu vas refaire ta vie.

On ne « refait » pas sa vie, on « la fait » une seule fois. Il est vrai qu’avec le temps, la noirceur s’estompe pour laisser place à plus de lumière. Or, la personne endeuillée souffre et a peine à se projeter dans un temps ultérieur. De plus, elle n’a surtout pas envie de « refaire » sa vie sans le défunt. Elle doit donc apprendre à poursuivre sa vie, différemment. Les conseils s’avèrent ici inutiles car il revient à chacun de trouver ce qui fait sens pour lui...

Texte tiré de Josée Jacques, Les Saisons du deuil, Québécor.